Avis de transfert de plateforme

Après plusieurs années de blogging sur des plateformes comme WordPress et Blogger, j’ai pris la décison de revenir au site statique, c’est-à-dire à un site Web (et non un blogue) entièrement codé en langage HTML et dont la forme est gérée par une feuille de style externe (CSS). En plus de m’apporter le plein contrôle du codage derrière le site, cela a pour avantage de lui donner une apparence unique, non basé sur un gabarit (template), aussi beau soit-il  Je vous remercie de vous y rendre en cliquant sur ce lien :

Daniel Ducharme

Les billets resteront sur WordPress pendant un moment encore, le temps que la migration complète des billets soit effectuée.

 

 

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Cécile Chabot : Le secret du masque de jade (Cycle de Xhol 2)

chabot_xhol2Dans ma critique du Marchand de la mort précédemment mise en ligne sur mon blogue personnel, j’ai expliqué la genèse du Cycle de Xhol : des romans policiers historiques dont les intrigues ont pour décor la civilisation Maya à l’âge classique, soit entre les VIe et Xe siècles après Jésus-Christ. Pour situer dans le contexte de l’œuvre en cours, je vous invite à en faire la lecture.

Dans Le secret du masque de jade (2013), deuxième volet du Cycle de Xhol, l’Ajaw de Dos Pilas et sa suite se déplacent vers la cité maya de Calakmul, cité-État sise dans la péninsule du Yucatan (Mexique), à trente-cinq kilomètres au nord de la frontière du Guatemala. Le lecteur se retrouve trois ans après les tragiques événements que raconte Cécile Chabot dans Le Marchand de la mort. Sauf qu’ici il ne s’agit pas d’un marchand, mais d’un artisan qui suscite d’ailleurs l’admiration de Xhol, toujours aussi ambivalent quant à son avenir. Va-t-il accéder à la prêtrise, comme le souhaite Treize Jaguar, grand prêtre de Dos Pilas, ou se consacrer à la sculpture ? Le lecteur l’apprendra à la toute fin du roman. Peu importe, reprenons… L’artisan a conçu un masque magnifique pour son Ajaw, le seigneur Yuknoom, mais voici que le masque est volé, ce qui provoque tout un émoi dans la collectivité. Et ce vol tourne au drame quand l’artisan lui-même, maître Chen, est trouvé mort par Xhol et Un chasseur.

Compte tenu de la nature même de ce roman (un polar historique, certes, mais un polar quand même), vous comprendrez que je ne peux raconter l’intrigue contenue dans ce roman qui se déroule au VIIe siècle avant Jésus-Christ dans une civilisation peu connue, peu documentée à tout le moins. Mentionnons toutefois que, contrairement au Marchand de la mort, Xhol, ce fin observateur, ne joue pas un rôle clé dans le développement de l’intrigue. C’est le second fils de l’Ajaw de Dos Pilas, Itzaamnaaj, qui, du haut de ses neuf ans, est projeté à l’avant-scène. J’ai eu un moment de doute sur la capacité d’un aussi jeune enfant à raisonner ainsi… mais, après tout, il s’agit du fils du roi, alors… pourquoi pas ? Quoiqu’il en soit, on se laisse rapidement emporter par l’intrigue qui atteindra son point culminant alors que le jeune garçon est enlevé, ce qui permettra à Xhol et à son compagnon Un Chasseur de résoudre l’affaire avec brio.

Le secret du masque de Jade, tout comme Le Marchand de la mort, m’a plu. Sans doute parce que j’étais heureux de retrouver les personnages, les faits et les gestes de cette civilisation. J’étais heureux aussi de retrouver la belle écriture de l’auteure dont j’apprécie le style. D’ailleurs, sur Twitter, Cécile Chabot s’est étonnée que je trouve son écriture belle. Elle a écrit: « L’écriture belle ? Curieux pour moi car j’essaye de ne PAS faire de style, de laisser toute la place à l’histoire. » Réplique amusante car, à mon humble point de vue, il s’avère impossible d’écrire sans style. On a un style lourd, plat, didactique, mais, quoi qu’on fasse, on a toujours un style. Mais rassurez-vous, celui de Cécile Chabot est fluide, transparent et, donc, parfaitement maîtrisé.

Je vous invite à découvrir Le secret du masque de jade, le second volet du Le Cycle de Xhol, cette série de romans qui font appel autant à notre sensibilité qu’à notre intelligence.

Chabot, Cécile. Le secret du masque de jade (Le cycle de Xhol 2). Kindle Édition, 2013 (2014), 2,99$ sur Amazon.ca

A Bruxelles, j’ai vu…

À Bruxelles, j’ai vu… des jeunes filles blondes et rousses qui portaient des vêtements de cuir aux bordures cloutées. Dans leurs pieds, elles chaussaient toutes des bottes militaires, comme si elles avaient un combat à mener. Du banc sur lequel je reposais, je les ai entendues converser entre elles dans une langue que je ne connaissais pas. Du néerlandais, je présume. Aucune d’elles ne riait ni ne souriait, ce qui m’a étonné car, normalement, on a tendance à rigoler un peu quand on se joint à un groupe de jeunes. Pas elles. Elles étaient jolies, ces jeunes filles, mais terrifiantes en même temps. Sur le sac à dos de la rousse, j’ai remarqué un symbole qui rappelait la croix gammée. Mais je peux me tromper, ou plutôt, je VEUX me tromper car, voyez-vous, j’ai un faible pour les rousses et cela m’aurait grandement attristé de penser que cette fille, si jeune et si jolie, puisse adhérer à ce genre d’idées. Il s’agissait probablement d’un emblème associé à une quelconque culture soft punk. Après tout, qu’est-ce que je connais, moi, des mouvements de la jeunesse des dernières années ? Je ne me suis pas attardé plus longtemps à les regarder et je me suis levé, comme le vieux en devenir que je suis, pour poursuivre mon chemin.

À Bruxelles, j’ai vu… des femmes foulardées en pagaille qui déambulaient dans les rues avec des poussettes remplies d’enfants aux rires sonores. Ce sont sans doute les femmes les plus manifestement heureuses qu’il m’a été donné de voir sur le territoire belge. Pourtant, comme les jeunes filles à l’allure militaire de la Grand-Place, elles étaient tout de noir vêtues. Dans la rue Neuve, une rue commerçante non loin de la vieille ville, l’une d’elles mangeait une gaufre sur laquelle était déposée, dans un équilibre fragile, une énorme pelletée de crème. Partout autour on pouvait entendre le rire de ces femmes et ces enfants. Visiblement, on ne craint pas l’adoption d’une charte de la laïcité par ici…

À Bruxelles, j’ai vu… d’autres femmes, identifiées aux gens du voyage, qui mendiaient dans les quartiers touristiques avec des enfants d’âge scolaire dans les bras, ce qui, je m’en souviens, m’a fendu le cœur… Et cela m’a mis en colère aussi parce qu’aucune Direction de protection de la jeunesse venait les soustraire à leurs mères. La Belgique, tout comme la France d’ailleurs, ne s’autorise pas le droit de protéger les enfants qui grandissent sur leur territoire ? Honnêtement je ne comprends pas. On ne cesse de clamer haut et fort que les enfants doivent constituer notre priorité collective en tant qu’humains humanisant. Quoi, de l’humanité, les Roms n’en feraient pas partie ?

À Bruxelles, j’ai vu… trois groupes de femmes, donc. Trois visages de la diversité d’une ville occidentale, capitale de l’Europe.

Aline Jeannet: Impuissant vs Insoumis

cover_Jeannet_impuissantJe viens de lire Impuissant vs Insoumis d’Aline Jeannet, un roman sombre qui ne laissera personne indifférent. D’un style alerte, vif, entrecoupé de phrases d’une beauté à couper le souffle, Aline Jeannet raconte le destin possible – mais fort improbable, espérons-le – de l’humanité. Tentons ici un résumé succinct de cette œuvre inclassable.

Le tout commence par Beatrix, une jeune traductrice qui travaille de nuit, chez elle. Depuis quelque temps, elle est intriguée par son voisin d’au-dessus, un drôle de gars qu’elle croise parfois dans l’escalier et qui dégage une forte odeur d’essence. Une nuit, alors qu’elle n’arrive pas à travailler, elle l’entend faire du bruit, comme s’il transportait des meubles. Alors, énervée par ce tapage nocturne, elle se décide à monter. Au bout de l’escalier, la porte est entrouverte et elle entre sans crier gare. Là, un type maculé de sang lui offre un café. Contre toute attente, elle accepte en s’assoyant sur un canapé derrière duquel gisent des corps démembrés. Puis, après une conversation, elle accepte de le suivre, aidant J. Stern (c’est le nom du gars) à transporter des jerricans de sang… Ils se rendent à la gare, prennent un train de banlieue et descendent dans une station à la périphérie de la ville. Une fois sur place, ils prennent un ascenseur jusqu’au 42e sous-sol, là où vit un monde insoupçonné…

Impuissant vs Insoumis est un roman glauque qui vous prend à la gorge dès les premières lignes. Et dès qu’on en commence la lecture, on ne peut plus s’arrêter, ressentant une sorte de malaise, comme si nous n’étions pas à notre place dans ce roman au genre non défini – est-ce un roman policier ? Un roman de science-fiction ? Du fantastique ? Peu importe… car, en poursuivant votre lecture, vous aurez cette idée lumineuse: « L’idée que, pour une fois, ne pas être à sa place, ça pourrait avoir du bon ».

Aline Jeannet vit à Genève, exerce le métier de documentaliste et n’aime pas perdre son temps. Elle a collaboré au site Web écouter lire penser sur lequel elle a publié plusieurs nouvelles. Pour la connaître davantage, je vous invite à lire sa fiche d’auteur sur ÉLP éditeur.

Aline Jeannet. Impuissant vs Insoumis. Montréal, ÉLP éditeur, 2010, 3,49 euros. Disponible sur toutes les plateformes et, sans DRM, à la librairie Immatériel.

La pirogue, un film sénégalais de portée universelle

La_pirogueJ’ai déjà écrit, au mot frontière de mon ouvrage Ces mots qu’on ne cherche pas, ce que je pensais des frontières qu’érigent les pays pour rétrécir le monde au sens propre comme au figuré. J’ai aussi rédigé une critique assez émotive du roman d’Éric-Emmanuel Schmidt, Ulysse from Bagdad, qui aborde un thème similaire. Par contre, je n’ai jamais parlé du film Welcome (2009) de Philippe Lioret qui met en vedette le comédien français Vincent Lindon. J’aurais dû, pourtant… mais, peu importe, car ce texte, ce roman et ce film se rejoignent dans ce magnifique long-métrage de Moussa Touré sorti en 2012 et que nous avons pu voir dans deux ou trois salles de cinéma au Québec.

Voici le synopsis du film tel qu’il circule un peu partout sur les sites promotionnels : « Un village de pêcheurs dans la grande banlieue de Dakar, d’où partent de nombreuses pirogues. Au terme d’une traversée souvent meurtrière, elles vont rejoindre les îles Canaries en territoire espagnol. Baye Laye est capitaine d’une pirogue de pêche, il connaît la mer. Il ne veut pas partir, mais il n’a pas le choix. Son frère fait partie du voyage, le capitaine de la pirogue ne connait pas assez bien la mer, et au pays, aucun avenir n’est possible… Il devra conduire 30 hommes en Espagne. Ils ne se comprennent pas tous, certains n’ont jamais vu la mer et personne ne sait ce qui les attend au bout du voyage… »

J’ai vu ce film avec mes yeux d’occidental, bien entendu, avec tout de même un léger avantage sur mes contemporains : j’ai vécu dans ces villes africaines pendant plusieurs années, ces lieux où l’espoir est si mince que de jeunes gens n’hésitent pas à s’embarquer sur des bateaux de fortune pour tenter une aventure qui se termine, la plupart du temps, mal. Aux Comores, on les appelle les kwassa-kwassa. Ailleurs, en Asie et dans les Caraïbes, on les désigne plutôt sous le nom de boat-people. Dans les années 1980, des milliers de Haïtiens sont morts sur ce type d’embarcations en tentant de rejoindre les côtes américaines.

Le film de Moussa Touré jette un regard lucide sur ce phénomène qu’il nous fait vivre de l’intérieur, c’est-à-dire comme si nous étions parmi eux dans la pirogue. On côtoie ces gens, des Sénégalais et des Guinéens d’origines ethniques et de religions diverses. On fait connaissance avec ces passeurs et avec ceux, si naïfs, qui travaillent pour eux. Le cinéaste ne les dénonce pas avec des mots (ce n’est pas un film politique), mais il sait utiliser les images comme d’autres savent recourir à l’écrit pour passe leur message. À la fin, on s’attache à ces gens…. de sorte qu’on sort de la projection cinématographique avec une tristesse infinie. On en sort en deuil, effondré comme si nous avions perdu des amis.

Vous ne sortirez peut-être pas de ce film indemne. Ou peut-être que oui, après tout. Qui suis-je pour préjuger des émotions des autres ? Pour ma part, il m’a arraché une larme, ce film. Il a bouleversé mon humanité, m’a placé en situation de malaise tout en dévoilant cette impuissance à changer les choses, sentiment que j’ai trop souvent éprouvé en vivant sous ces latitudes.

Consulter la fiche de ce film sur TV5 Monde avec tous les détails. Vous pouvez lire aussi la critique d’Odile Tremblay dans Le Devoir, même si vous n’y apprendrez pas grand-chose.

Laurent Margantin: Aux îles Kerguelen

margantin_kerguelenLes îles Kerguelen constituent un archipel situé dans le sud de l’océan Indien. Possessions françaises intégrées à l’ensemble des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF), ces îles ne sont habitées que par une centaine d’individus dont plusieurs scientifiques qui y effectuent, à tour de rôle, des missions. Elles reçoivent parfois des touristes qui sont autorisées à prendre en rafale des photographies des éléphants de mer, manchots, otaries, pétrels et albatros qui vivent en grand nombre dans cet archipel. Pour le reste, les Kerguelen sont balayées en permanence par de grands vents et, sans être glaciales, s’avèrent assez peu hospitalières.

Contrairement aux touristes habituels, Laurent Margantin s’y rend, lui, pour se retrouver lui-même avec le texte, c’est-à-dire avec la littérature (il lit Dostoïevski, Toltoï, Kafka et même quelques Maigret…). Comme on peut s’en douter, il devient rapidement l’objet des moqueries des gens de passage qui comprennent mal qu’on puisse faire dix jours de bateau pour simplement s’adonner à la lecture… Mais Laurent Margantin s’en fout. Il est venu aux Kerguelen pour s’imprégner d’une vie autre que la sienne en la confrontant au texte et, ce faisant, à sa propre vie. Autrement dit, il est venu vivre aux Kerguelen, et non simplement s’y déplacer, comme le font certains touristes, pour prendre frénétiquement des milliers de photographies d’animaux que l’on retrouve en pagaille, et en bien meilleures qualités, dans les bouquins et sur Internet. Au fond, Laurent Margantin ne voyage pas, il va vivre ailleurs. Et c’est sans doute pour cela qu’il parvient à partager ce vécu dans ces îles qu’il fait revivre en nous grâce à sa plume parfaitement maîtrisée. Avec la seule puissance des mots (il n’y a aucune photographie dans cet ouvrage), il réussit le tour de force de nous faire sentir l’ambiance qui règne à Port-aux-Français, ce milieu composé de cette hiérarchie semi-coloniale à la française avec ses scientifiques, ses militaires, son « gouverneur », ses ouvriers mal payés venus de la Réunion, etc., ce milieu que j’ai tellement connu quand moi-même je vivais aux îles Comores à une époque où la France exerçait encore une influence déterminante sur les destinées de ce petit pays de l’océan Indien.

Laurent Margantin fuit d’ailleurs souvent ce milieu où le sport local consiste à casser du sucre sur le dos des uns et des autres. Même si cela nuit à la progression de ses lectures, il n’hésite pas à parcourir l’archipel et, à cette occasion, nous livre des observations fort pertinentes sur la faune de Kerguelen. À titre d’exemple, penchons-nous sur cet animal grotesque que représente l’éléphant de mer : « L’attraction sonore ici, qu’il pleuve ou qu’il vente (à vrai dire l’un ne va pas sans l’autre), c’est le beuglement des éléphants de mer. Je sais qu’on parle de chant, mais c’est un chant un peu spécial, qui terrifie quand on se réveille en pleine nuit et qu’on ne sait plus où on est. Ce sont des ronflements, des soufflements, des raclements, des grognements, des gargouillis de gorge, des sons rauques à répétition […] Ça n’arrête pas jour et nuit, la nuit on dirait qu’ils s’en donnent à cœur joie, et je me demande même si la pluie et le vent assez forts ces jours-ci ne les mettent pas un peu plus en joie, ne les stimulent pas. » Et encore : « L’éléphant de mer, une fois la période des combats derrière lui, s’adonne totalement au jeûne, comme s’il fallait en finir avec cette apparence énorme, ce surpoids du guerrier. Indifférent à l’homme, rejetant son propre corps, espèce de Bouddha des terres australes. » Et ça continue… Bref, en lisant Aux îles Kerguelen, vous en apprendrez plus sur cet archipel qu’en visionnant un documentaire de la BBC.

Aux îles Kerguelen est hors de tout doute un magnifique récit de voyage que je vous recommande sans hésitation.

Laurent Margantin, Aux îles Kerguelen, Numériklivres, 2013, 1,49 euros. Disponible sur toutes les plateformes et, sans DRM, à la librairie Immatériel.

On ne rate pas sa vie : essai twitté

à Pierre Rivet

Photo: Laurie Audrey Larivière
Photo: Laurie Audrey Larivière

00 – On ne rate pas sa vie : essai twitté en septembre 2013

01 – Mon ami Pierre craint la retraite parce qu’il ne veut pas voir passer le temps. Si nous pouvions nous asseoir tous deux en face de l’océan…

02 – Assis sur un banc, devant l’immensité de la mer, ne serait-il pas plus agréable de voir passer le temps?

03 – Nous nous agitons sans cesse, si pressé qu’on ne le voit plus passer, le temps, justement.

04 – Et nos réussites professionnelles s’avèrent aussi vaines que ces bancs de sable supposés empêcher le passage des eaux.

05 – La sagesse est d’un apprentissage difficile, ami Pierre : on a tout le monde contre nous, ceux qui ont réussi comme les autres.

06 – Tu dis que tes principes étaient incompatibles avec une carrière dans le domaine du droit ou des affaires.

07 – On te répond qu’au fond tu n’avais pas le talent, pas les capacités de cette réussite de toute façon.

08 – Quoi que tu décides, quoi que tu fasses, il y aura toujours des gens pour miner ta crédibilité.

09 – Voilà pourquoi nous devons suivre l’exemple des anachorètes du désert, sauf que notre erémitisme se pratique dans les villes.

10 – Car le désert qui nous entoure n’a rien à envier à celui de Thèbes en Haute Égypte, exotisme en moins.

11– Il est vide de sens en dépit de la multitude… tous ces gens qui s’agitent en refusant de vieillir et qui ne savent pas qu’ils vont mourir.

12 – Mourir est d’ailleurs notre seule certitude, ami Pierre. Alors pourquoi craignent-ils tous d’en parler?

13 – A l’approche de la mort, voilà qu’ils se remettent à croire en leurs dieux, eux qui ont vécu comme des porcs toute leur vie.

14 – Oui, comme des porcs, assouvissant sur le champ leurs moindres désirs, désirs que leurs corps ont de plus de mal à assumer.

15 – Il faut les voir dans les salons funéraires, débiter des niaiseries comme: « Il est heureux là où il est ».

16 – Il faudrait leur dire qu’il n’est nulle part puisque corps et âme ont cessé d’appartenir au monde des vivants.

17 – Oui, il faut leur rappeler qu’avant nous ne sommes pas et qu’après nous ne sommes plus. Après l’être vient le néant, c’est tout.

18 – Et la vie ne s’oppose pas à la mort ; la vie est cette durée comprise entre la naissance et la mort.

19 – Quoique nous fassions, on ne rate pas sa vie, ami Pierre, quand on parvient à un certain niveau de conscience.

20 – Socrate a raison. Une vie sans examen ne vaut pas la peine d’être vécu, a-t-il dit à Platon qui l’a retranscrit.

21 – Il a voulu simplement dire que la mort est préférable à l’ignorance et que seule la connaissance conduit à l’apaisement de l’esprit.

22 – Ceux qui se tournent vers la religion pour trouver réponse à leurs questions renoncent à cet examen, autrement dit à la conscience.

23 – Ils abdiquent en faveur de la foi, professant que la vie est meilleure après la mort. Bref, ils méprisent la vie.

24 – Ils se tournent vers la violence, le meurtre et le sang, ce que les religions du monde ont en commun.

25 – Mais laissons ces gens à leurs croyances commodes, ami Pierre, et profitons des jours, des semaines, des mois et des années.

26 – On ne rate pas sa vie ; chaque jour entraîne avec lui son lot de joies et de peines, peu importe le lieu où il nous est donné de vivre.

27 – On ne rate pas sa vie, qu’on ait voyagé ou pas, qu’on ait réussi sa carrière ou pas.

28 – Non, on ne rate pas sa vie, quoi qu’on fasse. – Fin de cet essai twitté.

Auteur, lecteur et éditeur d'oeuvres numériques